Nous, musiciens, artistes et travailleurs culturels soussignés, vous appelons à vous opposer publiquement à la participation du Canada au Concours Eurovision de la chanson 2027 tant qu’Israël n’en sera pas exclu, et à conseiller à vos membres de ne pas participer au processus de sélection de CBC/Radio-Canada. Le concours de 2027, qui doit se tenir à Bourgas (Bulgarie) en mai, se déroulera avec la participation maintenue d’Israël. L’Union européenne de radio-télévision a refusé de revoir sa décision d’autoriser la participation d’Israël. Cinq pays — dont l’Espagne, l’Irlande, les Pays-Bas, la Slovénie et l’Islande — se sont retirés du concours de 2026 en raison de la participation d’Israël, alors que ce pays poursuit son génocide à Gaza. Le diffuseur irlandais RTÉ a qualifié cette participation d’«
inadmissible compte tenu des pertes de vies humaines effroyables et en cours à Gaza » et n’a pas modifié sa position pour 2027. Dans une lettre ouverte publiée par le collectif « No Music for Genocide », plus de 2 100 artistes à travers le monde, notamment Brian Eno, Roger Waters, Peter Gabriel et Massive Attack, ont appelé au
boycott de l'Eurovision.
CBC/Radio-Canada a fermé son portail d'inscription à l'Eurovision le 9 septembre 2026, sans qu'aucune organisation artistique canadienne d'envergure ne s'oppose publiquement à la participation du Canada. Toutefois, le processus de sélection se poursuit. C'est là que réside l'occasion pour les organisations représentant les musiciens/musiciennes et les travailleurs/travailleuses culturels canadiens de s'élever publiquement contre la complicité dans le génocide en cours à Gaza, perpétuée par l'instrumentalisation de l'Eurovision à des fins de « blanchiment par l'art » (*arts-washing*). Nous, soussignés, reconnaissons que nous signons cette lettre depuis une position de privilège relatif. Nous sommes en mesure d'associer publiquement nos noms à cette démarche, tout en acceptant les risques de mise sur liste noire, de perte de contrats et d'isolement professionnel. Nous ne prenons pas ce risque à la légère. La vaste majorité des musiciens/musiciennes et des travailleurs/travailleuses culturels canadiens ne jouissent pas du privilège de pouvoir signer une telle lettre ouverte. Ils ne peuvent se permettre d'exprimer publiquement leurs opinions politiques. Ils dépendent de contrats, de relations et d'institutions susceptibles de les sanctionner pour leur opposition au génocide à Gaza. Nombre d'entre eux s'opposent à la participation du Canada à l'Eurovision 2027, mais ne peuvent l'exprimer sans mettre en péril leurs moyens de subsistance. Ce sont précisément ces personnes que vos organisations ont pour mission de représenter et de protéger. Nous demandons aux organisations qui prétendent représenter les musiciens/musiciennes et les travailleurs/travailleuses culturels canadiens de faire leur travail. Le risque lié à la prise de parole doit être assumé collectivement, et non par les musiciens/musiciennes et les travailleurs/travailleuses culturels à titre individuel. Votre silence ne constitue pas de la neutralité. Il s'apparente à de la complicité tant que vous ne vous élevez pas contre le « blanchiment par l'art » du génocide à Gaza.